Le marché français du CBD n’a plus grand-chose à voir avec les petites boutiques de niche qui l’ont fait connaître il y a une dizaine d’années. Porté par une croissance de 15 à 20 % par an depuis 2021, il aurait généré environ 600 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023 selon le cabinet d’études Xerfi, avec un dépassement du milliard d’euros envisagé à l’horizon 2025-2026. Mais cette expansion s’accompagne d’un tri sévère dans les molécules autorisées à la vente.
Depuis 2024, plusieurs cannabinoïdes de synthèse ont en effet été retirés du marché par les autorités sanitaires, forçant les enseignes à se recentrer sur des molécules naturelles jugées plus sûres. Un mouvement qui redessine en profondeur l’offre proposée aux quelque 2 000 boutiques spécialisées du pays.
Une vague d’interdictions sanitaires depuis 2024
Le 22 mai 2024, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a classé plusieurs cannabinoïdes de synthèse sur la liste des stupéfiants, avec effet au 3 juin 2024 : H4-CBD, H2-CBD, HHCPO, THCP ou encore THCA. En cause, plusieurs centaines de signalements d’intoxication chez des consommateurs ayant utilisé des produits contenant ces substances, vendues sous forme d’huiles, de résines, d’herbes ou de « gummies ». Ces molécules, obtenues par transformation chimique du CBD ou du chanvre, offraient des effets proches de ceux du THC classique, ce qui explique leur succès rapide… et le risque sanitaire associé.
Cette décision a mécaniquement refermé une partie du marché qui s’était développée sur ces dérivés de synthèse, présentés jusqu’alors comme des alternatives légales au cannabis classique.
Le pari des cannabinoïdes naturels mineurs
Pour compenser, les professionnels du secteur misent désormais sur des cannabinoïdes naturels présents en faible quantité dans la plante de chanvre : le CBG (cannabigérol), souvent associé à un effet stimulant léger, et le CBN (cannabinol), plus recherché pour ses vertus relaxantes. Contrairement aux molécules interdites en 2024, ces cannabinoïdes ne résultent pas d’une transformation chimique poussée : ils sont directement extraits du chanvre industriel, à condition que le produit fini reste sous le seuil légal de 0,3 % de THC.
Cette diversification s’accompagne aussi de nouveaux formats de consommation — patchs, produits topiques ou compléments ciblés — qui visent à élargir la clientèle au-delà des amateurs historiques de fleurs et de résines, toujours les produits les plus demandés en boutique.
Une distribution qui sort des boutiques spécialisées
Autre évolution notable relevée par les acteurs du secteur : le CBD ne se limite plus aux enseignes dédiées. Buralistes, parapharmacies et jusqu’à certaines grandes surfaces alimentaires ont commencé à référencer des produits à base de chanvre, signe d’une normalisation progressive aux yeux des consommateurs. Une bascule qui s’accompagne toutefois d’une exigence croissante en matière de traçabilité : origine du chanvre, taux de THC certifié, analyses en laboratoire, autant d’éléments désormais réclamés par une clientèle plus avertie qu’à l’origine du marché.
Reste que le secteur navigue encore dans un cadre réglementaire mouvant, entre encadrement plus strict des produits alimentaires ingérables et projets fiscaux en discussion sur les produits fumables, qui pourraient encore redistribuer les cartes dans les prochains mois.
Pour approfondir les tendances de consommation liées au bien-être, retrouvez notre rubrique Bien-être – Beauté. Les questions de santé et de réglementation des produits sont traitées dans la rubrique Médical – Paramédical, tandis que les dynamiques économiques du secteur sont à suivre dans notre rubrique Economie – Finance.
Questions fréquentes
Le CBG et le CBN sont-ils légaux en France ?
Oui, tant qu’ils sont issus du chanvre industriel autorisé et que le produit fini respecte le seuil légal de 0,3 % de THC, au même titre que le CBD classique.
Pourquoi certains cannabinoïdes ont-ils été interdits ?
L’ANSM a classé plusieurs cannabinoïdes de synthèse (H4-CBD, H2-CBD, HHCPO, THCP, THCA…) sur la liste des stupéfiants en 2024, après plusieurs centaines de signalements d’intoxication liés à leur consommation.
Où peut-on désormais acheter des produits CBD ?
Au-delà des quelque 2 000 boutiques spécialisées, ces produits apparaissent progressivement chez certains buralistes, en parapharmacie et dans quelques grandes surfaces alimentaires.
Sources
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